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10 février 2026

Déploiement de DPI : le « big bang », une décision organisationnelle avant d’être technologique

À l’hôpital, la transformation des systèmes d’information a longtemps été pensée comme un processus étalé sur plusieurs années. Face à la complexité croissante des organisations de soins, le déploiement en une seule fois, sans coexistence avec l’ancien système, d’un dossier patient informatisé (DPI) — dit « big bang » — présente de nombreux avantages.

Les limites du déploiement progressif

Dans la majorité des établissements, le déploiement d’un DPI se fait par étapes : service par service, brique par brique, parfois sur trois à six ans. Ce modèle promet sécurité et maîtrise du risque.

Dans les faits, il génère souvent des coûts et des dysfonctionnements durables. Former les utilisateurs pôle par pôle sur plusieurs années mobilise fortement les équipes et allonge les cycles de montée en compétence. Cette approche est souvent plus coûteuse qu’un dispositif fondé sur des outils de formation modernes — comme le e-learning intégré au DPI — adaptés aux usages réels et relayés par des référents métiers.

La coexistence prolongée de plusieurs systèmes complique les parcours de soins : doubles saisies d’un DPI à un autre, informations dispersées et difficulté à accéder immédiatement à l’ensemble des données du patient au même endroit. Elle fragilise aussi des processus critiques, comme la sécurisation du circuit du médicament.
À mesure que les outils se superposent, une dette organisationnelle s’installe : chaque évolution est plus longue et plus coûteuse à piloter.

Le « big bang » : un choix de gouvernance

Contrairement aux idées reçues, le big bang n’est pas d’abord un défi technologique. Il repose sur un référentiel unique, un calendrier clair et une date de bascule unique. Là où les migrations progressives multiplient les interfaces entre logiciels, le big bang y met fin, simplifiant l’architecture et les usages. Pour les équipes, il évite surtout une transition interminable et redonne de la lisibilité au quotidien.

Ses effets sont avant tout structurels : fin des doubles outils, alignement des pratiques, simplification des processus et pas d’interface temporaire ou inutile. Pour les équipes de soins, il permet d’éviter une transition interminable, souvent source de confusion. À la clé, une meilleure lisibilité au quotidien.

Des exigences opérationnelles pour tous

Le big bang repose sur un principe clé : permettre aux équipes de prendre en main le nouvel outil immédiatement, sans rupture de la continuité des soins. La formation et la préparation opérationnelle sont ainsi des conditions de réussite.

Pour y parvenir, l’éditeur doit disposer d’une maturité fonctionnelle élevée et d’une méthodologie éprouvée, enrichie au fil des projets. Il nécessite aussi une organisation humaine solide capable de mobiliser, lors de démarrages de grande envergure, plusieurs dizaines de personnes pour sécuriser la prise en main, traiter les situations en temps réel et faire remonter les ajustements nécessaires.

Côté établissement, le big bang suppose une gouvernance claire et une préparation opérationnelle des équipes. La formation est pensée pour l’usage réel : capsules vidéos sur les process métiers intégrées au DPI, appui de référents sur le terrain, et montée en compétence rapide. L’objectif est clair : permettre à chaque professionnel de prendre en main l’outil dès le premier jour, sans rupture de la continuité des soins, et sécuriser le démarrage.

Un changement de cap pour les DSI

Le big bang traduit une évolution des attentes hospitalières. Pour les directions des systèmes d’information, il s’agit avant tout de simplifier l’organisation au service du patient : garantir une information unifiée et immédiatement accessible, sécuriser des processus critiques et éviter les ressaisies tout au long du parcours de soins.

Dans ce contexte, le rôle de l’éditeur évolue. Il n’est plus attendu uniquement sur sa performance technologique, mais sur sa capacité à prendre en charge la complexité organisationnelle et à conduire un changement rapide et structurant, sans prolonger indéfiniment la phase de transition.