La réalité d’un dossier médical, c’est un empilement de comptes rendus, de résultats et de pièces importées. Pour les patients aux pathologies complexes, l’enjeu pour le médecin n’est pas tant d’accéder à l’information que de repérer rapidement ce qui peut orienter la prise en charge – sans se perdre dans le bruit informationnel.
C’est ce besoin exprimé par le GHICL – premier établissement partenaire du Lab Innovation de Softway Medical – que les équipes ont choisi d’adresser via la synthèse clinique.
Partir de cas pratiques à l’échelle du GHICL
Le GHICL, c’est environ 100 000 passages aux urgences et 300 000 consultations par an. Une part significative concerne des patients suivis pour des pathologies chroniques ou rares : dans certaines spécialités, ils peuvent représenter jusqu’à 70 % de l’activité.
« Pour un même patient, ce sont entre 250 et 900 comptes rendus qui ont été produits ou importés dans le DPI sur les cinq dernières années », indique Christophe Letourmy, directeur de l’Innovation de Softway Medical.
Les équipes du GHICL ont défini un objectif : résumer un dossier patient sous une forme exploitable, calée sur la logique d’un examen clinique, en mettant en avant antécédents et signaux utiles à la prise en charge.
Les équipes du Lab Innovation ont envisagé le moyen : adapter un grand modèle de langage pour produire une synthèse de l’ordre de deux pages.
Synthèse clinique : trois mois, de la conception au bilan
Dès la mi-janvier, les équipes du Lab et du GHICL ont cadré la conception.
« Le but est de tester rapidement une idée afin de répondre à trois questions : répond-elle à un besoin métier ? La technologie permet-elle une réponse fiable dans le temps ? La solution est-elle soutenable économiquement pour l’établissement ? », explique Christophe Letourmy.
De mars à mai 2025 s’est déroulée la phase de conception, autour de points hebdomadaires de 30 minutes réunissant le Lab Innovation et les équipes parties prenantes du GHICL (gériatre, infectiologue, traumatologue, cardiologue, urgentiste).
Chaque itération suivait le même schéma : présentation d’un cas patient anonymisé et de la synthèse générée par le modèle ; évaluation par des médecins de spécialités différentes, en comparaison avec une “synthèse idéale” produite par les praticiens. Cette référence alimentait ensuite l’entraînement du modèle.
Les revues croisées ont mis en évidence un point clé pour l’industrialisation : une synthèse n’est pas universelle. Chaque spécialité a ses attendus. Certains éléments se prêtent à la synthèse, d’autres doivent rester à l’appréciation clinique.
Synthèse clinique : une entrée en phase d’industrialisation
Après une phase d’expérimentation qui a mobilisé une dizaine de médecins (gériatres, cardiologues, chirurgiens) du GHICL et de l’AHNAC, il est aujourd’hui possible de tirer un premier bilan comparatif grâce à des indicateurs mesurés en amont :
- nombre de patients complexes rencontrés par jour ;
- temps moyen nécessaire pour analyser les documents de ces patients complexes ;
- niveau de confiance concernant la prise de décision sur ces patients complexes ;
D’après Arnaud Hansske, DSIO, la synthèse clinique permet « une synthèse efficace réalisée en 30 secondes. Cette dernière permet de récupérer 80 % des informations utiles [pour les médecins] ; le reste est obtenu lors de l’interrogatoire clinique. Grâce à ce module, [les médecins] disposent d’un coach médical à l’intérieur du DPI ».
Aujourd’hui, la synthèse clinique va entrer en phase d’industrialisation. Elle sera livrée avec un socle standard, complété par des adaptations liées aux pratiques et à la spécialité.