Ancien DIM et DSI hospitalier, le Dr Arnaud Hansske devient le premier directeur médical de Softway Medical. Il vient porter la voix des professionnels de santé dans les choix stratégiques et produit du groupe.
Interne dans des hôpitaux qui manquaient déjà de moyens, j’ai appris qu’une décision médicale dépend de l’information dont dispose le médecin au moment de la prendre. C’est pour améliorer cette information que je me suis formé à l’informatique et à la biostatistique.
Comme DSI, j’ai conduit trois changements de dossier patient informatisé et choisi Softway Medical au terme d’un appel d’offres. J’ai mesuré l’écart entre les fonctionnalités imaginées par un éditeur et le travail réel d’un service. En rejoignant le groupe Softway Medical, je viens réduire cet écart.
Mon poste est rattaché à la direction Stratégie, Data et Innovation, auprès du directeur général adjoint. J’apporte aux équipes produit ce que je sais du soin et deux questions à poser à chaque projet : pour qui cet outil est-il conçu ? À quelles conditions un médecin lui fera-t-il confiance ?
En me plaçant auprès de sa direction générale, Softway Medical fait un choix : accompagner dans la durée les établissements et les territoires de santé, au-delà de la fourniture de logiciels.
Un patient ne vit pas dans un logiciel : il passe de la ville à l’hôpital, du laboratoire à l’imagerie. Son information doit le suivre, ce qui suppose que nos outils échangent sur des standards ouverts comme FHIR. Elle passe aussi entre des mains très différentes, celles de la secrétaire qui prépare sa consultation ou de l’infirmière qui lui administre son traitement. Connaître ces métiers est tout aussi essentiel que la maîtrise de la technologie.
Un éditeur de santé doit aussi s’imposer une éthique. La médecine en a une, fondée sur la bienfaisance, la non-malfaisance, la justice et la transparence. Je souhaite la faire entrer dans nos choix produit.
Cette exigence se joue d’abord sur l’intelligence artificielle. Softway Medical teste déjà une synthèse du dossier patient par IA générative dans plusieurs établissements. En gériatrie, un patient arrive avec plus de cent pages de dossier réparties sur plusieurs séjours. Les reconstituer prend parfois une demi-heure à un interne ou à un chef de clinique. L’outil fait remonter en quelques secondes les antécédents et les traitements en cours. Il retrouve aussi des informations enfouies dans l’historique, qui peuvent changer la prise en charge. Les synthèses obtenues sont très proches de celles des médecins eux-mêmes et, quand l’outil fonctionnait moins bien, les praticiens le signalaient.
Une synthèse peut être bien rédigée et omettre un anticoagulant. Dans un dossier, « ne fume pas » et l’absence de toute mention du tabac sont deux informations différentes. L’outil doit donc être évalué par des médecins sur des cas cliniques représentatifs, en mesurant sa fidélité au dossier et la gravité de ses omissions. Toute information qu’il produit doit renvoyer au document source et à sa date, et il doit pouvoir indiquer qu’une donnée manque.
Je reste réservé sur les IA qui proposent seules un diagnostic ou un traitement. La fluidité d’une réponse ne prouve pas sa justesse et le médecin garde la décision.
Beaucoup d’hôpitaux n’ont ni équipe data ni budget d’expérimentation. L’IA ne doit pas creuser l’écart qui les sépare des CHU. Il revient à l’éditeur d’intégrer les fonctionnalités éprouvées dans le logiciel que leurs soignants utilisent déjà.
Nous avons longtemps conçu les systèmes d’information pour les professionnels et les gestionnaires, insuffisamment pour les patients. Le patient doit savoir ce que fait l’IA dans sa prise en charge et participer à la conception des outils qui le concernent. Il reste une personne, avec son histoire, ses préférences, ses émotions et son autonomie.
L’IA nous fera certainement gagner du temps. Reste à décider collectivement ce que nous en ferons.
Arnaud HANSSKE