Actualités
7 juillet 2026

Innovation et souveraineté des données de santé : une ambition stratégique pour Bpifrance

En ouverture de la soirée, David Vincent a rappelé le cap de Softway Medical :

« Dans les cinq prochaines années, notre avenir repose sur trois piliers : consolider nos positions en France, ouvrir deux à trois nouveaux pays européens et développer une division data. Cette ambition data, en France et en Europe, nous la construisons avec Tune Insight, dont nous lançons ce soir le partenariat, et Epiconcept, notre partenaire de plus long terme. »

Directeur affaires publiques, communication, prospective et développement chez le Groupe Softway Medical

Vous avez publié début avril un communiqué sur votre stratégie d’investissement dans les entreprises de santé. Quelles ont été vos réalisations en 2025 ?

José Gonzalo – La santé fait partie des secteurs stratégiques pour Bpifrance, et nous cherchons chaque année à y accroître le nombre de dossiers. En 2025, nous avons mobilisé 2,5 milliards d’euros pour le secteur, à travers l’ensemble de nos outils : financement de l’innovation, prêts, garanties, investissements directs – dont j’ai la responsabilité – et investissements dans des fonds eux-mêmes investis dans des entreprises de santé.

Ces 2,5 milliards ont bénéficié à environ 3 200 entités : start-up, PME, grandes entreprises, CHU. Sur l’ensemble de nos participations directes, une centaine concerne aujourd’hui la santé, et ce chiffre croît d’année en année. Nous investissons aussi bien dans des PME – comme Hemodia, qui fabrique des sets de soins à usage unique- que dans des opérations de plus grande ampleur, comme Opella, le spin-off de Sanofi qui produit le Doliprane. Les montants vont de quelques millions à plus de 100 millions d’euros.

Pour mener cette stratégie, nous nous appuyons sur une direction d’expertise dédiée, des chargés d’affaires spécialisés en région et plus d’une trentaine d’investisseurs dans le secteur.

Quelle est votre vision des enjeux du système de santé français, et la position de Bpifrance face à eux ?

José Gonzalo – Plusieurs facteurs exogènes structurent ce système : le vieillissement de la population, le développement des maladies chroniques et de longue durée, et les cyberattaques, qui touchent aussi ce secteur. Face à cela, la France dispose d’atouts réels : un réseau hospitalier solide et des données de santé de qualité, disponibles sur longue durée et sécurisées grâce à un système centralisé. Ce sont des données fiables, sur lesquelles nous pouvons travailler.

Bpifrance répond à ces enjeux par son organisation. Très décentralisée, elle agit à Paris comme dans l’ensemble du pays, à travers un maillage territorial dense et des équipes spécialisées. Nous animons aussi la communauté French Care, portée par Olivier Chabanon, qui réunit les acteurs du secteur, crée des occasions d’échange et fait émerger des solutions communes.

Au-delà du terrain, quelles sont vos ambitions financières à moyen terme pour faire évoluer le système de santé ?

José Gonzalo – Nos ambitions sont élevées : 10 milliards d’euros à horizon 2030, soit environ 2,5 milliards par an pendant quatre ans.

Quatre axes les structurent : le développement et la production de traitements médicaux ; la promotion de la prévention ; la mise à disposition des soins sur l’ensemble du territoire ; et l’accélération du numérique dans le secteur.

En 2025, nous avons par exemple consacré un milliard d’euros au financement de l’innovation auprès des start-up. Nous créons également des fonds dédiés, comme un fonds de prévention numérique doté de 100 millions d’euros. À cela s’ajoutent l’animation de French Care et nos accélérateurs, qui accompagnent PME et start-up dans leur croissance en leur évitant les écueils habituels des phases d’expansion rapide.

Si l’on se concentre sur le numérique et les données de santé, quelles sont vos priorités stratégiques ?

José Gonzalo – Le sujet central est celui de l’intelligence artificielle. Nous avons la chance de disposer de données de long terme, fiables et sécurisées ; l‘IA va en faire un accélérateur de la transformation du secteur.

Pour la recherche thérapeutique, elle peut accélérer la découverte de molécules et améliorer le taux de réussite des essais cliniques. Pour les professionnels de santé, elle facilite le suivi des traitements et la détection des rechutes, quasiment en temps réel. Pour le patient, elle ouvre la voie à une santé personnalisée : l’IA ne crée pas de barrière, elle rapproche au contraire le soin du patient.

Tout cela suppose une vigilance constante sur la cybersécurité. Des données fiables et de qualité appellent une protection à la hauteur, alors que les détenteurs de données ont déjà subi plusieurs attaques. Chez Bpifrance, nous mettons à disposition de nos participations les outils pour les aider à mieux prévenir ces attaques.

Comment l’action de Bpifrance contribue-t-elle à garantir la souveraineté des données de santé en France ?

José Gonzalo – Nous envisageons la souveraineté sous plusieurs angles. D’abord, elle suppose des acteurs de taille suffisante : la taille critique donne la capacité de se défendre et de mobiliser des ressources. C’est là que notre rôle d’actionnaire de long terme prend son sens. Prendre le temps d’aider les sociétés à grandir, c’est déjà participer à la souveraineté.

Ensuite, qui dit souveraineté dit protection. Nous proposons par exemple des diagnostics cybersécurité, menés avec pour référentiel celui de la Direction générale de l’armement (DGA), pour aider les entreprises à mieux se préparer aux éventuelles attaques sur les sociétés détentrices de données critiques, et nous multiplions les passerelles entre nos participations en cybersécurité et nos participations en santé.

Taille critique et temps long : ce sont les deux leviers par lesquels Bpifrance, comme agent des politiques publiques, contribue à asseoir cette souveraineté.

Vous participez désormais au développement de Softway Medical. Quelles sont vos ambitions pour ce groupe ?

José Gonzalo – Nous sommes ravis d’être entrés au capital de Softway Medical en 2025. Nous connaissions déjà l’entreprise depuis plusieurs années – nous l’accompagnions en financement, comme beaucoup de sociétés du secteur. Mais passer du financeur à l’actionnaire, et compter parmi ses actionnaires importants, changeait d’échelle.

Nous avons étudié de nombreuses sociétés ; Softway Medical nous a convaincus, pour quatre raisons. D’abord, sa capacité à être à la fois éditeur, intégrateur et hébergeur. Ensuite, sa présence simultanée dans le public et le privé – hôpitaux publics, cliniques privées – qui lui assure une clientèle diversifiée. Vient l’international : déjà implantée en Belgique et au Canada, l’entreprise doit poursuivre, car c’est par l’internationalisation que nos sociétés françaises atteignent la taille critique.

Enfin, l’innovation.

Sur ce dernier point, plusieurs réalisations comptent : la synthèse des dossiers de soins par l’IA, immédiatement utile aux professionnels de santé ; le no-code, qui permet aux clients d’améliorer eux-mêmes leurs services ; et des partenariats comme celui conclu avec Tune Insight, spin-off de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, dont le savoir-faire sur l’exploitation des données à distance s’exerce dans le respect de l’anonymisation et du cadre réglementaire.

Softway Medical rejoint enfin la communauté French Care, dont elle devient ambassadrice sous l’emblème du coq blanc. Elle coche un grand nombre de cases : nous l’accompagnerons dans la durée.