Hopital Manager est le premier DPI référencé Ségur vague 2, et le premier déployé en production. Derrière cette primauté, une task force de 300 personnes côté Softway Medical, et un Groupe qui est allé au bout de la démarche : le Groupe AHNAC, dans les Hauts-de-France. Trois de ses établissements ont intégré la montée de version Ségur vague 2 d’Hopital Manager incluant la consultation du Dossier Médical Partagé (DMP) directement dans le dossier patient. Délai de mise en œuvre technique : quatre mois.
David Leclaire, directeur de la transformation du Groupe AHNAC livrait son retour d’expérience au COSUIV Ségur du 14 avril 2026 sur ce que cela change vraiment dans le quotidien des soignants.

Montée de version Ségur V2 au sein d’Hopital Manager et consultation du DMP dans le DPI : qu’est-ce que ça change au quotidien ?
David Leclaire – La consultation du Dossier Médical Partagé (DMP) est rapidement devenue utile dans la pratique quotidienne. Nous avions mis la priorité sur les services d’urgences : c’est là que l’utilité était la plus évidente, notamment lorsque le patient se présente sans document ou avec une information incomplète.
Même logique côté pharmacie hospitalière : le DMP apporte une valeur notable dans la conciliation médicamenteuse et la sécurisation de la prise en charge. Autrement dit, avant même la vague 2, nous avions commencé à construire la preuve d’usage et c’était l’essentiel pour nous.
Là où tout le monde était alors sceptique sur la consultation du DMP, nous avions déjà nos convictions, et nous sommes allés au bout de la démarche.
La trajectoire d’adoption raconte le reste. En 2024, nous consultions par le web PS DMP, avec quelques tests sur AIR simplifié. Autant le dire : avec le web PS DMP, il est strictement impossible de faire adopter quoi que ce soit. Les médecins vous regardent comme un extraterrestre.
Fin 2024, nous avons introduit la version définitive de la consultation par AIR simplifié, via un appel contextuel placé directement dans le Dossier Patient Informatisé (DPI). Même si les volumes restaient modestes, l’accélération est immédiate : les usages se propagent comme un virus – je le vois ainsi – et l’on passe de quelques dizaines de consultations mensuelles à plusieurs centaines.
Avec la Vague 2, nous avons intégré la consultation DMP directement dans le DPI Hopital Manager de Softway Medical. Nouvelle accélération, grâce à ce que j’appelle le mode « sans couture ». Ergonomiquement, cela change tout.
Je précise qu’à ce stade, seuls les médecins et les pharmaciens utilisent l’outil , non par impossibilité technique pour les paramédicaux, mais parce que nous avons sensibilisé en priorité ces deux équipes. C’est désormais aux professionnels paramédicaux que nous allons nous adresser.
Pourquoi devenir site pilote de la vague 2 du Ségur ?
David Leclaire – On me dit parfois : « David, tu es peut-être un peu fou de te lancer sur des projets aussi nouveaux. » Pas du tout. C’est un choix assumé, fait pour une raison simple : être pilote nous permet de transformer sereinement, progressivement, et plus intelligemment. C’est notre point de vue.
D’abord, cela nous donne l’occasion de travailler assez tôt les prérequis qui relèvent des établissements : la qualification de l’Identité National de Santé (INS), que vous avez évoquée, le recueil du consentement, l’authentification forte, l’évolution des habilitations dans le DPI, l’association correcte des Répertoire Partagé des Professionnels intervenant dans le système de santé (RPPS) aux identités des professionnels. Autant de sujets structurants, qui conditionnent directement la réussite des usages de consultation intégrée.
Ce travail est aussi lié à notre capacité à atteindre les cibles d’usage, notamment dans la logique HOSPIConnect HOP’EN 2. Les projets Ségur Vague 2 et HOSPIConnect HOP’EN 2 sont intimement liés : on ne peut pas viser des usages cibles sans avoir préparé l’organisation et les fondations techniques. Cela peut sembler évident, mais il faut faire les choses dans l’ordre, s’équiper correctement avant de demander aux utilisateurs d’atteindre des cibles.
Être site pilote, qu’est-ce que ça implique concrètement ?
David Leclaire – Cela nous a permis de nous embarquer très tôt avec notre éditeur. Concrètement : signer les bons de commande au bon moment, mener les projets sans précipitation, puis dérouler les paramétrages, les nouvelles habilitations, l’activation de Pro Santé Connect dans le DPI, la configuration des flux, et faire la recette dans un calendrier mieux maîtrisé.
Contrairement à une idée reçue, être pilote ne signifie pas essuyer les plâtres dans la douleur. Loin de là. Dans notre expérience, c’est plutôt l’inverse. Nous avons bénéficié d’un lien privilégié avec l’éditeur – une équipe dédiée, des échanges plus rapides et plus fluides – et d’une vigilance renforcée de sa part sur le bon fonctionnement des fonctionnalités, puisqu’il a lui-même une cible et des objectifs à atteindre.
De mon point de vue, être pilote n’est pas un risque supplémentaire. C’est l’occasion d’apprendre plus tôt, de corriger plus tôt et de mieux maîtriser notre rythme de transformation.
Sur la consultation intégrée à Hopital Manager : il s’agit d’une visionneuse de documents, où l’utilisateur retrouve à la fois les documents produits en interne et ceux disponibles sur le DMP du patient. Les données se filtrent à volonté sur de nombreux critères : une exigence du Ségur V2. Un bouton de bascule permet de passer des documents du DPI à ceux du DMP. Et comme les utilisateurs empruntent cette même fenêtre pour tous leurs documents courants, l’accès au DMP s’en trouve grandement facilité.
Où en est le déploiement Ségur vague 2 au sein du groupe AHNAC ?
David Leclaire – Aujourd’hui, trois établissements pilotes sont engagés (ndl. Maintenant en production) sur le Ségur vague 2 : la polyclinique d’Hénin-Beaumont, la polyclinique de la Clarence à Divion et l’hôpital de Riaumont à Liévin.
Pourquoi ces trois-là ? Parce que ce sont nos trois établissements dotés d’un service d’urgences. Nous les avons donc priorisés.
Ces trois sites ont démarré en quatre mois ce qui vous donne une idée du rythme de mise en œuvre lorsque l’organisation est préparée.
Je parle ici du déploiement strictement technique, avec l’éditeur Softway Medical. Cela ne veut pas dire que tout est terminé, loin de là. Nous devons maintenant consolider les nouvelles pratiques autour du recueil du consentement et déployer les usages auprès des paramédicaux.
L’avantage, c’est que nous pouvons désormais nous concentrer sur les usages et les ajustements organisationnels, en particulier sur ce recueil. Car là où il n’était pas fait systématiquement, la règle reste la même : pas de recueil, pas de consultation du DMP. Il faut donc le systématiser.
Vous l’aurez compris, la consultation intégrée du DMP représente pour nous une vraie rupture d’usage. On passe d’une consultation possible par le web, mais perçue comme périphérique, à une consultation naturelle et fluide, directement dans le parcours de travail du professionnel. C’est cette ergonomie qui change l’échelle d’usage. Ce « sans couture » est essentiel.
Quelles sont vos prochaines étapes ?
David Leclaire – Chez nous, les prochaines étapes sont bien définies. Généraliser le déploiement aux autres établissements sanitaires. Renforcer le recueil systématique du consentement à l’entrée. Fiabiliser le renseignement des numéros de RPPS – car là aussi, pas de RPPS, pas de consultation.
Et poursuivre l’accompagnement des professionnels, notamment les paramédicaux : nous nous adressons désormais à une nouvelle population cible, qu’il faudra accompagner autour d’usages qui leur parlent et leur servent réellement dans la pratique.
Quels conseils donnez-vous à vos confrères pour réussir un déploiement du Ségur V2 ?
David Leclaire – J’ai trois convictions simples à transmettre, et elles me paraissent essentielles pour réussir ce type de projet.
La première, je l’ai déjà dit, mais elle mérite d’être répétée : ce n’est pas un projet technique, c’est un projet d’établissement. On y gère bien plus d’organisationnel que de technique. Je vous le garantis.
La deuxième, c’est qu’on ne réussit pas sans équipe pluridisciplinaire. Il faut la direction générale, les ressources humaines, les professionnels soignants et médicaux, la direction des systèmes, la formation.
La troisième : il faut un portage fort. Un sponsor de direction qui joue le rôle de moteur et qui anime l’ensemble, mais aussi des relais médicaux et des utilisateurs moteurs sur le terrain.
Enfin, un conseil très concret pour l’embarquement : penser usage avant de penser technique. Il faut aussi combattre les fausses croyances, du type « on ne trouve rien dans le DMP ». C’est faux : même si tout le monde ne l’alimente pas encore, le résultat global est déjà très correct.
Quelles sont les actions à mener côté patient pour accompagner les changements liés à la consultation du DMP au sein du DPI ?
David Leclaire – Le point clé, c’est de sensibiliser les patients au consentement et à son recueil. Pas de consentement, pas de consultation : c’est une limite réelle, un obstacle à franchir. Il faut donc être extrêmement efficace sur ce recueil.
Enfin, il faut identifier des utilisateurs clés et les laisser évangéliser leurs collègues. C’est comme ça que nous avons commencé. Quand l’enjeu est d’atteindre de nombreux professionnels, cela change tout.
Et puis communiquer. Communiquer encore.
Il compte 23 établissements, environ 2 800 collaborateurs et 300 médecins.
L’offre de soins est large et l’activité soutenue : 200 000 consultations externes, 64 000 séjours en médecine-chirurgie-obstétrique, 84 000 passages aux urgences, 115 000 journées de SMR, auxquels s’ajoutent une activité de psychiatrie et une activité d’hospitalisation à domicile.
À cette échelle, le numérique n’a rien d’accessoire. C’est pourquoi le Groupe s’est fortement impliqué dans HOP’EN et dans le Ségur, au point d’en faire des projets de transformation d’établissement, au service des usages des professionnels et des patients.
Cette dynamique repose sur un pilotage stratégique régulier, impliquant la direction du Groupe et chacune de ses commissions médicales d’établissement, avec un suivi d’indicateurs et des plans d’action adaptés établissement par établissement , les activités, les cas et les obstacles diffèrent de l’un à l’autre.
Ces volumes excluent les documents des plateaux techniques : chez AHNAC, la biologie et l’imagerie sont externalisées, et ce sont ces prestataires qui en assurent l’envoi au DMP. Cumulés dans la durée, ces flux portent le Groupe bien au-delà du million de documents déjà transmis, la preuve qu’AHNAC a travaillé le socle dans le temps long, selon une logique de transformation globale.
L’anticipation est la clé de ce type de projet. Avant même l’arrivée de la vague 2, le Groupe avait réuni plusieurs conditions favorables au développement des usages de consultation.
Les prérequis techniques et organisationnels ont été engagés très tôt : dès 2019, déploiement de la gestion des accès avec authentification forte par carte CPS pour l’ensemble des professionnels, une évolution majeure des pratiques. Puis la gestion des identités via le RPPS, la matrice d’habilitation du DPI, l’organisation des délégations et des processus de droits d’accès.
AHNAC a enfin participé, parmi les premiers, à un pilote AIR simplifié avec la Caisse nationale de l’assurance maladie.
Tout cela a permis de travailler les usages de consultation par appel contextuel avant même la consultation intégrée telle qu’on la connaît aujourd’hui et, surtout, de s’appuyer sur des professionnels très moteurs dans certains services, notamment aux urgences.